Les énergies alternatives, avec 7PM Auto

Le site 7PM Auto a publié le 10 décembre 2014 une émission sur :

ENERGIES ALTERNATIVES ET CHUTE DU PÉTROLE : À QUOI ROULERA LA VOITURE DE DEMAIN ?

7PM-Auto

Cliquez sur l’image pour voir un extrait de l’émission

 

Présentée par Jean-François Rabilloud et Ali Hammami, cette émission a regroupé sur le plateau, Nicolas Meilhan (Frost & Sullivan), Véronique Saubot (Coronelli International), John Laurie (energieduthorium.fr) et Jean-Luc Ledys (SunPartner Technologies).

Dans les six dernières minutes de cette émission, John Laurie a parlé de la fission liquide, du thorium et de la voiture nucléaire.

L’émission complète est publiée sur le site 7PM Auto, ainsi qu’un extrait de 02:26 avec le titre « Décarbonons les carburants !« 

 

Nucléaire : l’impératif de l’innovation

Hugh MacDiarmid est un homme avec une mission.

L’ex PDG d’Energie Atomique du Canada Limité est maintenant président du conseil d’administration de Terrestrial Energy, l’entreprise créée fin 2012 à Ottowa pour créer et commercialiser leur technologie de Réacteur à Sels Fondus Intégral (RSFI).

Le 24 septembre 2014, il a prononcé un discours au prestigieux Club économique du Canada, avec le titre « Nucléaire : l’impératif de l’innovation ».

(vidéo sous-titrée en français)

Il est intéressant de lister quelques phrases clés de la traduction française de ce discours :

  • A Terrestrial Energy, je crois que nous avons quelque chose de spécial
  • Nous sommes confrontés à une croissance toujours plus élevée de la demande d’énergie.
  • L’innovation viendra sûrement et elle va créer une rupture.
  • Nous pensons que cet avenir pourrait arriver plus tôt que prévu.
  • Il n’y a pas assez de bonnes réponses dans la gamme existante de solutions d’approvisionnement.
  • Le réacteur à sels fondus intégral, le RSFI, pourrait être l’une des réponses à cette insuffisance de l’offre
  • C’est une opportunité formidable pour la communauté nucléaire au Canada.
  • Qu’est-ce qu’un réacteur à sels fondus et comment c’est différent ? De façon générique, c’est un système de réacteur qui utilise un combustible liquide. C’est une différence fondamentale. Tous les autres utilisent un combustible solide.
  • Il doit passer le test de la viabilité commerciale – et nous croyons que notre RSFI passe ce test.
  • La valeur en capital est largement récupérée sur la durée de vie de sept ans que nous estimons pour l’unité cœur du RSFI.
  • Nos estimations indiquent que le RSFI va démontrer un coût d’énergie sur durée de vie le plus bas de toute technologie connue, et par une certaine marge.
  • Le RSFI sera une machine beaucoup moins chère à construire et à exploiter – point.
  • Nous avons choisi le graphite comme modérateur.
  • Le RSFI répond à la définition acceptée d’un petit réacteur modulaire.
  • La consommation d’uranium par kilowatt-heure sera un sixième du nucléaire conventionnel.
  • Pour nous, le combustible nucléaire usé est une source d’énergie intéressante.
  • Le RSFI a une empreinte de déchets beaucoup plus petite, avec une durée relativement courte.
  • La température de sortie plus élevée ouvre de nombreuses nouvelles applications industrielles qui ne sont pas viables pour le nucléaire classique. Nous pensons que le marché de la chaleur industrielle pourrait devenir encore plus grand pour le RSFI que la production d’électricité.

Il est également instructif de découvrir sur le site internet de Terrestrial Energy le calibre et le niveau d’expérience de l’équipe dirigeante de cette entreprise.

Alors, qui sera le premier dans la course à la fission liquide ? La Chine ? Le Canada ? Le Royaume-Uni ? Ou un autre ? Et quand verrons-nous cette technologie en Europe ?

Présentation : « La voiture nucléaire »

Samedi 13 septembre, lors de la 4ième causerie de l’association Avenir Climatique, John Laurie a donné une présentation sur « La Voiture Nucléaire ».

La voiture nucléaire

La présentation entière est disponible à télécharger ci-dessous, en format Powerpoint ou .pdf, accompagné du texte de la transcription des notes en format Word. N’hésitez pas à utiliser et partager largement ces documents pour faire découvrir la voiture nucléaire à un public de plus en plus grand.

Télécharger la présentation "La voiture nucléaire" en format .ppt (22Mo)      Télécharger la présentation "La voiture nucléaire" en format .pdf (10Mo)      Télécharger le texte de transcription de la présentation (format .docx)

Invitation à causer de la Voiture Nucléaire

Vous êtes cordialement invité le samedi 13 septembre 2014 à une journée d’échanges à Paris pour causer, entre autres, de la Voiture Nucléaire.InvitationDans quel pays d’Europe peut-on (vraiment) conduire avec zéro émissions de CO2 ?
Comment peut-on décarbonner entièrement le secteur automobile ?
Que faut-il faire pour transformer votre voiture en voiture nucléaire ?

A 15h00, John Laurie présentera des éléments de réponse à ces questions. Ensuite, il y aura du temps pour les questions / réponses.

L’association Avenir Climatique a pour but de contribuer à faire des enjeux énergétiques et climatiques une priorité dans le monde étudiant. Elle est principalement constituée de jeunes actifs et d’étudiants et elle est indépendante de tout parti politique et de toute ONG.

Cette quatrième causerie aura lieu le 13 septembre 2014 dans l’amphi Rataud de l’Ecole Normale Supérieure, dans le 5ième arrondissement à Paris. Vous trouverez le programme sur leur site ou bien sur l’invitation à l’évènement. C’est ouvert à tous, membre ou non d’Avenir Climatique, experts ou grand public – vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire avec ce formulaire. L’inscription est facultative et n’engage à rien mais elle aide AC à planifier l’évènement et leur permet de vous faire passer des infos.

Venez nombreux – il est bon de causer !

 

La Passion d’Alvin Weinberg

5.0.3

Le physicien de 59 ans était dans une sorte de panique. La terre se réchauffait de plus en plus, et personne à Washington ne semblait s’en soucier. L’énergie nucléaire – la seule façon réaliste de produire beaucoup d’électricité avec peu d’émissions de carbone – était la solution. Mais la hausse des coûts de l’énergie nucléaire et la puissance du lobby du charbon semblaient l’emporter sur les préoccupations environnementales et la rationalité elle-même.

Il a commencé à écrire des articles. Le premier a été publié dans le journal Science. Il l’a appelé « Effets globaux de la production d’énergie par l’homme. » Ensuite, il a co-écrit un article évaluant ce qui se passerait si les Etats-Unis s’éloignaient du nucléaire. « La demande soutenue pour l’énergie durant les premières décennies du siècle prochain va pousser les concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère à des niveaux hautement préoccupants, même dans le cas de faible croissance de l’énergie. »

Le problème était le temps. « Avec l’effet d’inertie dans les systèmes d’approvisionnement en énergie, il est clair que les décisions prises aujourd’hui sur la question nucléaire / non nucléaire, » l’homme a écrit, « auront un impact qui se répercutera pour de nombreuses années à venir. » En d’autres termes, les générations futures dépendent des décisions sur l’énergie que nous prenons aujourd’hui.

Le physicien est allé au Capitole, à la recherche de sympathisants. « Je suis allé d’un bureau à l’autre à Washington, les courbes de l’accumulation de dioxyde de carbone dans la main, » l’homme se souvient. « Je leur ai rappelé que l’énergie nucléaire était sur le point de mourir. Il faut faire quelque chose. J’ai presque crié. »

L’année était 1974, et l’homme était le docteur Alvin Weinberg. Un vétéran du Projet Manhattan et le directeur du Laboratoire National d’Oak Ridge, Weinberg a créé le prototype d’un nouveau type de source d’énergie nucléaire, qui ne peut ni provoquer une fusion du cœur ni faire des armes.

Alors que la grande majorité des réacteurs nucléaires d’aujourd’hui sont refroidis à l’eau ordinaire, Weinberg a inventé un réacteur radicalement nouveau refroidi par des sels fondus. La perte du liquide de refroidissement était la cause des fusions du cœur à Three Mile Island et à Fukushima. En revanche, le réacteur de Weinberg ne pouvait pas subir une fusion du coeur parce que le combustible était déjà fondu et dissous dans le liquide de refroidissement à sels fondus.

Pour comprendre pourquoi l’énergie du thorium, refroidi par les sels fondus, a suscité la passion des scientifiques et des ingénieurs américains, ainsi que le gouvernement chinois, qui a récemment investi 350 millions de dollars dans un nouveau projet de sels fondus, alors vous devez comprendre la vie et l’époque d’Alvin Weinberg.

1.
Alvin Weinberg est né à Chicago en 1915 et a obtenu son doctorat en physique en 1939 de l’Université de Chicago. Son mémoire de maîtrise portait sur le spectre d’absorption infrarouge du CO2, présageant ses efforts ultérieurs pour alerter du réchauffement climatique. Au laboratoire métallurgique de l’Université de Chicago, il a côtoyé les physiciens Edward Teller, Léo Szilárd, et les lauréats du prix Nobel Arthur Compton, Eugene Wigner, et Enrico Fermi. Peu après, il a travaillé pour aider à construire la Bombe. Dans une note de 1944, il a avancé l’idée d’exploiter l’énergie nucléaire pour l’énergie civile, « … il sera peut être possible de faire fonctionner un tel système sous pression et obtenir de la vapeur à haute pression qui pourrait être utilisé pour la production d’énergie. »

En 1945, après la guerre, Weinberg est allé travailler au Laboratoire National d’Oak Ridge. Là, il a persuadé l’Amiral Hyman Rickover qu’un réacteur refroidi à l’eau fonctionnerait mieux sur les sous-marins – un exploit le mettant dans une position ambivalente, car conduisant à l’utilisation de l’eau comme liquide de refroidissement pour les réacteurs nucléaires civils. « Ainsi est né le réacteur à eau pressurisée, pas en tant que centrale commerciale, pas parce qu’il était bon marché ou intrinsèquement plus sûr que les autres réacteurs, mais plutôt parce qu’il était compact et simple et se prêtait à la propulsion navale, » écrivait-il avec mélancolie.

L’Armée de l’Air l’a alors chargé de la construction d’un avion à propulsion nucléaire. Alimenter un réacteur d’avion nécessite de la chaleur à 860°C – une température beaucoup plus élevée que les 315°C atteints par les réacteurs refroidis à l’eau. L’équipe de Weinberg a eu l’idée d’un mélange fondu de fluorures de zirconium et de sodium dans lequel ils mettaient le combustible d’uranium. Les sels de fluorure stables n’ont pas corrodé le récipient en acier inoxydable. Et comme le sel restait liquide à la pression atmosphérique, même à 1400°C, une surchauffe ne pouvait provoquer aucune libération de radioactivité.

L’expérience a fonctionné. En 1954, cette expérience de réacteur d’avion a produit 2,5 MW de puissance thermique à 860°C pendant 100 heures. On a démontré une stabilité intrinsèque de la réactivité, en ajustant automatiquement la puissance sans barres de commande, avec la variation du flux d’air de l’échangeur de chaleur. Mais à la fin il était plus logique de l’utiliser pour la production d’électricité que pour alimenter les avions (qui encore aujourd’hui sont alimentés par le kérosène).

En 1955, à l’âge de 40 ans, Weinberg est devenu le directeur d’Oak Ridge. Dès 1966, son équipe avait construit un prototype d’uranium dissous dans les sels de fluorure fondus du lithium et du béryllium, qui a fonctionné jusqu’en 1969.

Weinberg était ravi. Un tel réacteur pourrait fournir au monde une énergie sans limite et permettre de protéger l’environnement. Il pourrait créer de l’électricité pour les plus démunis et de l’eau douce à partir de l’eau salée. Et si le thorium était utilisé plutôt que de l’uranium, on ne manquerait jamais de combustible, le thorium étant abondant dans la croûte terrestre.

2.
Weinberg était plus porté sur la sécurité que ses collègues et a été consterné que des réacteurs basés sur une conception faite pour des sous-marins aient atteint une position dominante sur le marché. « Le train en marche de la chaudière a tellement de pression que tout le monde est monté dessus, pêle-mêle, » il fait remarquer plus tard.

En 1959, il a créé la revue « Nuclear Safety », et il a fait travailler une centaine de scientifiques et d’ingénieurs à Oak Ridge sur la recherche de la sécurité nucléaire. Quand les réacteurs nucléaires sont devenus plus grands, le laboratoire de Weinberg a exprimé des inquiétudes que dans un accident avec perte de refroidissement – comme ceux de Three Mile Island et Fukushima – la chaleur de désintégration résiduelle (pas une réaction en chaîne continue) pourrait ouvrir une brèche dans les trois barrières de confinement.

Au début des années 60, Weinberg et ses collègues ont mené une série de tests qui ont mis en lumière des failles de sécurité dans la conception du réacteur à eau pressurisée. Une sécurité supérieure était très importante pour Weinberg : pour lui, un réacteur à sels fondus qui utilisait du thorium comme combustible offrirait des avantages considérables par rapport aux modèles à eau légère. En tant que liquide de refroidissement, les sels fondus à pression atmosphérique résistent à des températures beaucoup plus élevées et réduisent les contraintes mécaniques sur la cuve du réacteur. En tant que combustible, le thorium ne peut pas être utilisé pour fabriquer des armes utiles ; dans un réacteur, il peut générer du nouveau combustible à l’uranium qui est consommé pour produire de l’énergie.

Les innovations de Weinberg se sont étendues au-delà des réacteurs à sels fondus. Le travail sur la sécurité à Oak Ridge a influencé la création du réacteur à lit de boulets refroidi au gaz à haute température fonctionnant à l’Université de Tsinghua en Chine. Et les nouvelles centrales nucléaires en cours de construction en Géorgie intègrent des fonctionnalités de sécurité passive. Le réservoir annulaire d’eau sur le toit d’un réacteur AP1000 de Westinghouse peut refroidir un réacteur non alimenté pendant trois jours après un arrêt. Le réacteur mPower de Babcock & Wilcox continue en refroidissement passif pendant trois jours sur batterie. Et le réacteur plus petit de NuScale, financé par le ministère américain de l’Énergie, continue indéfiniment avec un refroidissement à l’air après l’évaporation de l’eau dans son réservoir.

Mais l’obsession de Weinberg pour la sécurité a fortement déplu à certains de ses collègues. Chet Holifield, le président du Comité mixte sur l’énergie atomique de 1970 était scandalisé par les efforts combinés de Weinberg et des sénateurs Howard Baker et Edmund Muskie pour établir un laboratoire national de l’environnement à Oak Ridge. Holifield « ne voulait pas que les laboratoires nucléaires soient contaminés par le mouvement écologiste », a rappelé Weinberg. Holifield lui a dit, « Alvin, si vous êtes préoccupé par la sécurité des réacteurs, alors je pense que c’est le bon moment pour vous de quitter l’énergie nucléaire. » Weinberg a été viré peu de temps après. Six ans plus tard, la fusion du cœur de Three Mile Island est survenue.

3.
À l’automne 2013, quatre des plus grands scientifiques mondiaux du climat, parmi lesquels l’ancien scientifique de la NASA James Hansen, ont envoyé une lettre ouverte aux écologistes, demandant qu’ils inversent leur opposition à l’énergie nucléaire afin de sauver le climat. La lettre a été traitée comme une nouveauté dans les médias. Des spécialistes de l’environnement – pour l’énergie nucléaire ? Comme c’est étrange.

Et pourtant, il y avait le Dr Weinberg, l’un des scientifiques les plus respectés de l’Amérique, se faisant l’avocat de l’énergie nucléaire en faveur du climat près de 40 ans avant la lettre ouverte et une décennie et demie avant que Hansen déclare aux journalistes que ses collègues scientifiques devaient cesser leur baratin et reconnaître que les humains changeaient le climat.

Climat et énergie, pour Weinberg et beaucoup après lui, sont les deux faces d’une même médaille. Après un passage en tant que directeur de l’Office américain de recherche et de développement énergétiques en 1974, Weinberg avait réussi à fonder l’Institut pour l’analyse de l’énergie (IAE) aux Universités Associées d’Oak Ridge, soucieux de l’avenir de l’énergie. IAE a inventé le concept d’analyse du Taux de Retour Énergétique que nous utilisons aujourd’hui.

En 1976, à l’AIE Weinberg a prédit que « … la concentration atmosphérique de 375-390 ppm pourrait bien être une plage de seuil à partir duquel le changement climatique dû au CO2 sera séparable des fluctuations climatiques naturelles … Les conséquences d’une augmentation de cette ampleur de CO2 dans l’atmosphère, indiquent qu’il est prudent de procéder avec caution dans l’utilisation à grande échelle de combustibles fossiles. »

L’avis de Weinberg sur l’énergie était en contraste marqué avec les points de vue des antinucléaires qui ont fait valoir que les personnes pauvres à travers le monde ne tireraient aucun avantage d’une électricité fiable et bon marché. « Donner à la société une énergie abondante et pas chère » pour prendre la célèbre phrase du professeur de Stanford Paul Ehrlich en 1975, « équivaudrait à donner une mitrailleuse à un enfant imbécile. » Weinberg a farouchement soutenu le contraire : les sociétés à faible énergie sont beaucoup moins libres et « souffrent probablement de plus de pollution de l’air et de l’eau et des milieux urbains que les sociétés à haute énergie. » Plus, pas moins, d’énergie était au centre du bien-être.

Une nouvelle génération d’ingénieurs préoccupés par le changement climatique redécouvre Weinberg et son design. La société TerraPower de Bill Gates étudie les réacteurs à sels fondus. L’ingénieur du MIT Leslie Dewan a co-fondé Transatomic Power, qui utilise une conception de RSF. Et l’ancien employé de la NASA Kirk Sorensen a publié les documents originaux de R&D d’Oak Ridge sur l’Internet, et a fondé la société Flibe Energy.

La technologie a suscité un intérêt mondial. L’ancienne écologiste antinucléaire Baronesse Bryony Worthington a aidé à fonder la Fondation Alvin Weinberg basée à Londres, pour « re-catalyser la recherche, le développement et le déploiement des RSF déjà conçus, construits et éprouvés par Alvin Weinberg … pour lutter contre le changement climatique. » Et un article écrit par Robert Hargraves dans le journal American Scientist en 2010 a suscité le projet de développement de $ 350 000 000 de l’Académie des Sciences Chinoise, annoncé en 2012.

Avec la lettre ouverte des scientifiques du climat, avec un nombre croissant d’écologistes qui prônent l’énergie nucléaire, avec un nombre croissant de philanthropes comme Bill Gates et Paul Allen qui investissent dans la prochaine génération de nucléaire, l’altruisme qui a initialement motivé les scientifiques et les ingénieurs nucléaires revient enfin pour redéfinir l’énergie nucléaire. « Ce qui rendait Weinberg unique, » a déclaré Alexander Zucker, professeur de physique et collègue de Weinberg, « était sa profonde préoccupation pour le bien-être de l’homme. Il n’a jamais cessé d’y penser. »

 

Cet article est une traduction de l’article écrit par Robert Hargraves et publié le sur le site internet du Breakthrough Institute, le 5 février 2014. Robert Hargraves est l’auteur du livre « Thorium : energy cheaper than coal« 

Le Réacteur à Sels Fondus Simple

L’entreprise britannique Moltex Energy LLP a été créée fin 2013 pour développer un nouveau concept de réacteur à sels fondus pratique, sûr et bon marché.

RSF Simple

Et derrière ce concept il se cache une histoire :

À la fin de la deuxième guerre mondiale, les États-Unis étaient dans une course à l’armement nucléaire. C’était une priorité nationale de produire non seulement les bombes, mais aussi les moyens de livrer ces bombes à leurs cibles. Les missiles balistiques intercontinentaux n’existaient pas encore, la marine américaine commençait son programme de développement de sous-marins à propulsion nucléaire, mais l’armée de l’air était bien embêtée : un bombardier alimenté par le kérosène a une autonomie plutôt limitée. Que faire ? Évidemment, il n’était pas question de laisser la marine devenir la seule force nucléaire militaire !

L’armée de l’air américaine a demandé au Laboratoire National d’Oak Ridge (ORNL) de travailler sur un concept de bombardier à propulsion nucléaire, un avion capable de rester dans l’air pendant de longues périodes de temps afin d’assurer une force de dissuasion nucléaire aérienne permanente.

C’était une idée folle. Mais les scientifiques d’ORNL voyaient plus loin. Un financement militaire permettrait de travailler sur des concepts d’énergie nucléaire avec des combustibles liquides, avec des bénéfices potentiels énormes pour l’humanité. Et donc ils ont démarré le programme « Aircraft Reactor Experiment » (ARE – expérience de réacteur pour avion).

LE RÉACTEUR QUE OAK RIDGE VOULAIT FAIRE DÈS LE DÉBUT

Un article publié dans le journal « Nuclear Science and Engineering » en 1957 explique que dans la phase de conception de ce programme :

« Le premier concept incorporait un combustible de sel de fluorure statique […] Un effort considérable a été mis dans la conception de ce réacteur, mais dans un temps relativement court la conception a encore été modifiée en raison de certains problèmes très difficiles associés avec le combustible liquide statique. La principale difficulté, qui a nécessité un changement dans la conception, a été le gradient thermique radial prohibitif dans le combustible liquide. […] En fait, afin d’obtenir des sorties de haute puissance raisonnables avec des flux de refroidissement raisonnables, la température au centre du combustible serait dangereusement proche du point d’ébullition du combustible. […] Une solution à ce problème de gradient thermique a semblé être la circulation du combustible avec un écoulement turbulent à un échangeur de chaleur, de sorte que le mécanisme pour enlever la chaleur du combustible ne dépendrait pas de la conductivité thermique du combustible. […] Par conséquence, le concept de combustible statique a été abandonné, et les travaux ont commencé sur la conception d’un réacteur de haute température avec combustible en circulation. »

En synthèse : les tubes statiques, ça ne marche pas. Il est impossible d’enlever la chaleur et ça chauffe trop. Il faut une pompe pour faire circuler le combustible liquide.

Et dès lors, tous les réacteurs à sels fondus construits (ARE, MSRE) ou imaginés (MSFR, LFTR, L-TMSR, IMSR …) ont employé un combustible liquide en circulation permanente.

Jusqu’au jour où Ian Scott, un scientifique et inventeur britannique, se penche sur la question d’une énergie nucléaire sûre et bon marché. Sans consulter la littérature, il se met à inventer des dizaines de concepts de réacteurs les plus simples possibles. Comme toujours dans ce genre de processus il y avait du bon et du mauvais, mais petit à petit un concept commence à sortir du lot – un réacteur avec un combustible liquide à sels fondus dans des tubes statiques.

TUBES STATIQUES AVEC FLUX DE CONVECTION

Convaincu par les avantages de ce concept pour simplifier le réacteur et le rendre moins cher et plus sûr, Ian Scott commence à rechercher dans la littérature, et tombe assez rapidement sur l’article des scientifiques d’ORNL. Mais il remarque que leurs calculs et conclusions sur l’échauffement du combustible dans les tubes étaient basés uniquement sur l’évacuation de la chaleur par conduction.Flux de convection

Un fluide ne reste pas statique quand il est chauffé. La convection du liquide devait certainement contribuer à distribuer la chaleur entre le centre des tubes et les parois.

Alors pourquoi les scientifiques d’ORNL n’avaient pas calculé l’effet de la convection ? Et bien, dans les années 1950 il n’y avait pas d’ordinateurs. La science de la mécanique des fluides numérique n’existait pas. Ils n’avaient tout simplement aucun moyen pour faire ce calcul.

Ian Scott décide donc de faire appel aux services de Wilde Analysis Ltd. Un maillage avec le logiciel ANSYS et un calcul avec le logiciel FLUENT ont démontré qu’avec la conduction seule, le point d’ébullition du sel était effectivement rapidement atteint, mais qu’avec la conduction ET la convection, en fonction du diamètre des tubes la température restait tout à fait gérable.

RSF simple graphique

Il s’est associé avec John Durham, qui est par ailleurs président de Alvin Weinberg Foundation à Londres, pour former Moltex Energy LLP, un partenariat à responsabilité limitée, dans le but de faire un développement sérieux de cette technologie au Royaume-Uni, ou à défaut d’exploiter la propriété intellectuelle. Le 11 avril 2014 une première présentation publique a eu lieu à Manchester lors d’une conférence sur l’énergie nucléaire durable de l’institut britannique des ingénieurs chimiques (IChemE).

Vous trouverez ci-dessous un extrait de la présentation de Manchester, avec la traduction française du plan de conception actuel. La prochaine étape sera un contrat avec Atkins Ltd. pour affiner cette conception et évaluer son coût.

Plan de conception RSF Simple

Les travaux de Moltex Energy sont en train d’ouvrir toute une branche de la technologie de fission nucléaire qui est restée fermée pendant des décennies – celle des combustibles liquides statiques.

Comme le dit Bill Gates, un grand supporteur de l’innovation dans le nucléaire : « Dans presque tous les domaines, les logiciels de simulation changent le terrain de jeu ».

En revisitant certaines décision prises au milieu du 20eme siècle, avec les outils à notre disposition au début du 21eme, il y a certainement d’autres innovations possibles, d’autres branches à explorer, et encore plus de valeur à ajouter pour l’humanité.